Le suicide 3. Ai-je sauvé quelqu’un ? (Dernière partie)

Le suicide

Donc ce 23 décembre, après avoir un peu discuté par msn, j’ai décidé de l’appeler.

ours

Le mot désespéré est à prendre au premier degré dans ces cas là. Ce qu’il y a de « bien » dans cette situation, c’est que j’ai vécu ces moments là, j’ai eu aussi cet état d’esprit et j’ai aussi eu envie de mourir. De ce fait on sait ce qu’on peut dire mais surtout ce qu’il ne sert à rien de dire.

Donc j’ai déjà commencé par la faire parler. De ces peurs, de ces raisons, de ce qui lui passait par la tête. Elle n’avait pas très envie de parler… et moi non plus. En fait le jour là, j’étais en pleine crise d’angoisse lié à des petits problèmes comme on peut tous en avoir. J’ai donc dû faire un effort sur moi-même pour ne pas laisser tarir la discussion.

Ensuite, je lui ai donné mon opinion sur le suicide. Pour moi chacun est libre de faire de sa vie ce qu’il en veut… Et donc de mourir si ça lui parait le mieux. Mais avait elle pensé à son enfant ? Bien-sûr la réponse qui a fusé et que j’attendais, était qu’il serait mieux sans elle. C’est toujours ça que l’on pense. La famille, les amis, les enfants seront tellement mieux sans nous !

Mais il va souffrir ? Oui bien sûr mais il souffrira moins sans moi…

Enfin bref, toute cette discussion n’a pas pour but de lui faire prendre conscience d’ambler que son geste ne serait pas le bon. Ce genre de discussion permet de distiller dans son esprit de petits « doutes », de petites « prises de conscience » pour plus tard…

J’ai donc alterné écoute et « conseils ». Toujours dans le but que ça serve pour plus tard. Inutile ne menacer la personne que vous avez en face de vous (ou au téléphone), inutile de lui prodiguer des conseils en pensant que ça va la faire réagir. Si elle réagit d’ailleurs, il y a deux cas de figures :

  • Soit elle n’est pas prête du tout à faire ce geste et en fait elle n’avait besoin que de parler. 
  • Soit elle vous dit : »Oui tu as raison, il ne faut pas que je le fasse » et ça c’est suspect, car ça pourrait vouloir dire qu’en fait, elle veut couper court à toute discussion prolongée pour… passer à l’acte…

Ce n’est pas toujours facile de distinguer l’avenir dans les paroles de l’autre… Heureusement je n’ai pas eu ce choix là… Nous avons continué à parler ainsi pendant plus d’une heure et demi. Je ne peux naturellement pas me remémorer de tous les détails. J’ai essayé de la faire réagir, lui donner un « electro-choc », la faire réfléchir mais toujours pour l’avenir pas pour le présent.

Je sais dans quel état d’esprit nous sommes quand nous sommes au plus bas de notre moral. Nous ne pensons plus qu’à cette douleur, pernicieuse, qui se passe dans le ventre comme si notre conscience se trouvait là ! Nous en avons marre de tout, marre de souffrir, marre de nous battre, marre d’avoir l’impression que tout ce que l’on fait est un échec, marre d’avoir l’impression que les gens autour de nous, que nous aimons, eux, se fichent de nous… Ou que nous leur faisons perdre du temps…

En plus est lié à ça toute une flopée d’émotions, les problèmes au quotidien : l’argent qui manque, le boulot qui ne nous plait pas ou que l’on a plus, les factures qui s’accumulent, les enfants que l’on a dû mal à gérer… Tous problèmes concrets mais dont on augmente l ’importance.

Une chose aussi que je lui ai demandé : comme voulait-elle se suicider ?

Elle m’a dit en voiture. Je lui ai dit qu’en voiture elle avait toute les chances de s’en sortir… tétraplégique. Autrement dit, elle aurait toute sa conscience et plus de corps pour faire quoique ce soit… Je lui ai d’ailleurs un peu décrit tout ce qui pouvait arriver avec certaines façon de se suicider… à la place de mourir…

Moi qui suis chrétien (mais pas elle),  je sais qu’il est délicat dans ce cas là de parler de Dieu. Pourtant je lui ai aussi expliqué que parfois, Dieu pour donner un message pouvait passer par des chemins quelques peu tortueux… et donc en effet la laisser vivante mais paralysée et libre de la faire réfléchir à son geste mais surtout au pourquoi elle voulait mourir.

Bref. Ai-je sauver quelqu’un ? Je n’en sais rien. Après ce coup de fil, j’ai téléphoné à un de ces numéros genre SOS suicide… pour demander conseils. Le monsieur que j’ai eu au bout du fil m’a fait décrire tout ce que j’avais pu dire ou faire. Il m’a signaler qu’il n’aurait pas mieux dit ni fait. J’avais donc à priori bien réagit.

Ai-je sauver quelqu’un ? En tous les cas, cette personne est toujours en vie, mal certes mais avec quelques idées noire en moins pour l’instant. Je lui ai dit qu’elle pouvait appeler quand elle voulait ce qu’elle fait… et moi aussi bien-sûr. Car il ne s’agit pas de s’occuper une fois d’une personne dépressif puis de laisser tomber. Au mieux il faut prendre de ces nouvelles tous les 3-4 jours, au pire, l’inciter à avoir un autre interlocuteur, qu’elle aille voir un psy si ce n’est pas déjà fait, qu’elle reste le moins possible seule.

Puis au final, si jamais elle fait le geste fatal. N’en soyez pas culpabilisé !! Ce ne sera pas votre faute. Ce sera sa seule décision. Et même si vous n’aviez rien fait, même si vous n’avez pas eu le temps, pas eu l’envie, que vous aviez d’autres chats à fouetter… Nous sommes tous pris par notre propre vie. A moins bien-sûr que vous soyez affublé d’un égoïsme démesuré et auquel cas, j’espère que ça pourra vous faire réfléchir, dans tous les autres cas, vous n’êtes coupable de rien…

«Le suicide !
Mais c’est la force de ceux qui n’en ont plus,
c’est l’espoir de ceux qui ne croient plus,
c’est le sublime courage des vaincus.»
[ Guy de Maupassant ]

Se suicider constitue la pire des ingratitudes.
Se suicider, c’est se reconnaître incapable d’assumer le cadeau de la vie.
[Bernard Werber]

A vous de choisir…

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